Dysphasie et troubles du langage

Aspects théoriques

Dans la peau d’un enfant dysphasique …

L’histoire de Léo, la vidéo incontournable pour en savoir plus sur la dysphasie.

Honnons A. (2010). Dysphasie – L’histoire de Léo.

Petite vidéo qui explique très clairement ce qu’est la dysphasie aux enfants et aux plus grands. Je vous la conseille vivement !

Définition

La dysphasie (en grec, dys = difficulté ; phasis = parole, langage) est un trouble spécifique sévère du langage lié à l’expression et la communication. Il n’est pas possible de guérir de la dysphasie, on reste dysphasique toute sa vie. Cependant, grâce à l’aide de spécialistes, il est possible de mieux vivre avec ce trouble.

Un des patients de Marie-Jeanne Petiniot associe sa dysphasie à une bille coincée dans sa gorge qui l’empêche de dire les mots qu’il dit correctement dans sa tête (Petiniot, 2012). D’après les statistiques, la dysphasie toucherait davantage les garçons.

Michèle Mazeau (2003) définit trois types de dysphasie :

  • La dysphasie réceptive : Trouble de la discrimination phonémique. L’enfant fuit les conversations et son discours est incohérent.
  • La dysphasie expressive : Réduction verbale, agrammatisme et mauvaise intelligibilité. L’enfant enchaine mal les phonèmes, son discours est tout de même assez compréhensible.
  • La dysphasie mixte : intègre la dysphasie réceptive et expressive.

Symptômes (et pistes d’aménagement)

Les enfants dysphasiques déforment les mots qu’ils ont pourtant clairement dans leur tête. On fait souvent la métaphore du puzzle que l’enfant n’arrive pas à assembler. En effet, l’enfant n’est pas en phase avec la tâche demandée et donc avec les mots qu’il doit prononcer. Il arrivera d’ailleurs plus facilement à faire des phrases spontanées qu’imposées. Il est donc nécessaire de donner du sens aux tâches demandées. Ses mots sont inintelligibles car l’enfant a notamment des difficultés à produire certains sons. On retrouve souvent les caractéristiques suivantes chez les enfants dysphasiques (Gillet, 2015) :

  • Ils font beaucoup de mimiques gestuelles ou faciales pour être certains d’être compris.
  • Bébé, l’enfant est silencieux. Il ne répète pas pour apprendre à parler (la répétition ne corrige pas forcément les erreurs).
  • Quand il commence à parler, il ne connait que quelques mots, se fait comprendre avec des gestes (ex : il dit « jus » en faisant le geste pour boire).
  • Il parle de manière télégraphique vers 5 ans.
  • Il a un mauvais contrôle salivaire et il a des difficultés à faire des bruits buccaux (siffler, …).
  • Il n’arrive pas à raconter une histoire ou des faits qui lui sont arrivés (répétitions, manque de vocabulaire, hésitations, mots inintelligibles, pas de structure ou d’organisation, troubles de l’évocation, il ne se souvient pas …).
  • Petit, l’enfant confond les sons, il ne reconnait pas les bruits caractéristiques.
  • Quand on lui pose une question, il ne sait pas répondre ou ré-pond « à côté ».
  • L’enfant a des difficultés à apprendre et à retenir de nouveaux mots.
  • A l’école maternelle, l’enfant ne comprend pas ce qu’on lui dit. Il ne parle pas, il se désintéresse du monde sonore, il a un comportement d’enfant sourd ou autiste.
  • Le contact visuel est quasi nul avant 3 ans.
  • L’enfant s’exprime par des gestes, des cris, il parle tard mais ne connait que certains mots.

Il est également utile de savoir que les enfants dysphasiques sont plutôt visuels qu’auditifs. Or, nous utilisons souvent les consignes orales, ce qui fatigue ces enfants qui doivent se concentrer davantage. Ils sont en retrait par rapport aux autres par manque de compréhension de ce qui se passe et ce qui se dit autour d’eux. De plus, ils ne captent pas facilement le non-verbal. Leur estime personnelle diminue donc au fur et à mesure qu’ils se distinguent du reste du groupe.

Origine et troubles associés

Les origines de ce trouble sont encore incertaines. Toutefois, deux hypothèses reviennent régulièrement dans les ouvrages : la cause neurologique et la cause génétique. Malheureusement, on nait dysphasique et on l’est dans toutes les langues. Ce n’est pas comme la déficience mentale qui peut provenir du milieu familial défavorisé. Cependant, certaines méthodes peuvent aggraver les « dys » (pour la dyslexie, par exemple, on exclut la méthode globale). Le but est donc d’aider l’enfant dysphasique à trouver des stratégies.

Parmi les troubles associés à la dysphasie, on retrouve : les troubles du comportement, les difficultés d’apprentissage, des troubles gnosiques et praxiques (40 à 90% des dysphasiques ont des troubles praxiques, d’après les statistiques), troubles attentionnels (20 à 40% sont TDA ou TDAH), troubles de la mémoire et des troubles cognitifs (une chute du Q.I. peut être observée).

Plus il y a de « dys » associées, plus le problème sera difficile à contenir. Les autres problèmes d’apprentissage peuvent arriver au fil du temps parce qu’ils trouvent leur origine dans la dysphasie. On ne sait pas tout traiter en même temps, il faut donc « choisir » la priorité. Le plus difficile est le cas d’un enfant dysphasique et dyspraxique.

Outils et pistes pédagogiques

Aménagements de base

(Gillet, 2015)

Tout comme pour les enfants dyslexiques, les dysphasiques ont besoin de repères et de clarté. Les aménagements en matière de mise en page et organisation seront assez similaires :

  • Consignes fractionnées : éviter les doubles tâches dans une même consigne, illustrer par des pictogrammes, demander la reformulation par un autre élève, faire surligner.
  • Choisir des polices adaptées, aérer les documents, numéroter les pages, taille de police 14 ou 16, interligne 1,5 ou 2, mettre plus d’espaces entre les mots, surligner une ligne sur deux dans des couleurs différentes, utiliser un guide de lecture, …
  • Ne jamais faire lire oralement et devant les autres s’il ne l’a pas demandé.
  • Illustrer les textes avec des images, des logos.
  • Utiliser des pictogrammes en toutes circonstances.
  • Organiser le temps grâce à un « menu du jour » où on retrace le planning de la journée. Utiliser des couleurs et des logos pour chaque matière, ainsi que la représentation imagées (par une horloge) de l’heure à laquelle se déroulera chaque activité.
  • Utiliser un « time-timer »
  • Utiliser des codes couleur pour les matières, pour les opérations mathématiques (en calcul écrit), …
  • Utiliser du matériel visuel et qui favorise les apprentissages par manipulations (jeux de Memory, domino, les réglettes Cuisenaire, les Alphas, …)

 Adapter les feuilles

Le logiciel « PAPERPORT » (payant) vous permettra de modifier, aérer, simplifier, surligner, ajuster, … vos feuilles d’exercices – même en version non électronique. A partir de votre document, placé sur la vitre du scanner, le logiciel permet de travailler directement sur votre écran d’ordinateur, par l’intermédiaire d’une barre d’outils permettant :

  • D’effacer certaines informations parasites, d’agrandir une zone.
  • De colorer des parties de textes ou exercices pour différencier.
  • De surligner des lignes du texte pour faciliter la lecture.
  • De relier des informations sans utiliser de latte.
  • D’imprimer un travail propre et valorisant pour l’enfant.

Les pictogrammes (#1)

Je l’ai déjà répété plusieurs fois, mais c’est un outil majeur et principal pour aider l’enfant dysphasique. On les utilise pour les consignes mais également pour aider l’enfant à construire des mots et des phrases. Ainsi, l’enfant pourra communiquer plus aisément en montrant les images. L’enseignant introduit ces pictogrammes de manière progressive, en commençant par les plus importants, ceux que l’on utilise le plus souvent.

Petit à petit, l’enfant se détachera de ces pictogrammes pour formuler des demandes. Souvent, les logopèdes ou enseignants utilisent un carnet de communication. Vous pouvez le construire de manière attractive en mettant du Velcro pour que l’enfant détache le pictogramme qu’il veut utiliser pour s’exprimer. Pensez à verbaliser et faire verbaliser les pictogrammes à chaque utilisation, c’est ainsi que l’enfant mémorisera correctement les mots.

Vous pouvez trouver plein de pictogrammes très sympas sur Internet, sur le CD Marianne, et il existe un logiciel formidable GRATUIT appelé « Picto-selector » (presque 40 000 pictos disponibles et possibilité d’en créer soi-même !).

La méthode Ledan

Il s’agit d’une méthode visuo-graphique employant des gestes et des dictionnaires visuels. Cette méthode est fortement préconisée pour les enfants dysphasiques puisqu’ils sont plus visuels qu’auditifs. Elle offre une progression pour l’entrée dans l’écrit.

C’est une méthode assez particulière utilisée, notamment, dans les classes de langage. Malheureusement, tous les instituteurs ne sont pas prêts à l’utiliser car elle demande une adaptation de méthodologie assez conséquente. En effet, utiliser cette méthode ne se fait pas uniquement pour le passage vers l’écrit. Ce sera la référence de l’enfant dans tous ses apprentissages. De plus, la méthode doit être connue et suivie par les enseignants des classes supérieures.

Le mime

Afin de donner du sens aux tâches et pour évoluer vers l’écriture, il est intéressant de proposer aux enfants dysphasiques d’utiliser le mime. On peut également leur soumettre des images, des petites vidéos pour favoriser l’intelligence visuelle.

C’est assez facile à mettre en place au sein de la classe. Même si les autres enfants n’ont pas le même dispositif ou souffrent d’autres troubles, le mime peut ne concerner qu’un enfant si on le désire. Et en collectif, c’est encore plus attrayant de le faire !

Le Jeu (APEAD)

Une association de parents d’enfants aphasiques et dysphasiques (APEAD) a créé un recueil de jeux et activités pour les enfants dysphasiques et aphasiques. Il est vendu sous forme de farde avec des intercalaires pour chaque matière. Il y a les jeux créés et les jeux à acheter.

Travailler les problèmes d’évocation lexicale*

*Trouble d’évocation lexicale = chercher ses mots

(Gillet, 2015)

  • Travailler avec des images et faire nommer les éléments qui s’y trouvent .
  • Faire trouver un mot d’après une définition orale.
  • Les exercices de fluence verbale : demander à l’enfant de donner le plus possible d’animaux de la ferme, de pays, de marques, … complexifier au fur et à mesure de l’entrainement !
  • Poser des questions fermées qui nécessitent une réponses avec un vocabulaire précis.
  • Donner des indices phonologiques : donner la première lettre ou la première syllabe du mot recherché « mmmm » pour « mercredi ». Donner un ou plusieurs mots qui riment.
  • Donner des indices sémantiques : dire le contraire du mot recherché (le con-traire de l’été c’est … pour le mot hiver) ou bien donner des synonymes (c’est comme un caillou, une grosse pierre … pour le mot rocher). Donner la catégorie (c’est un fruit … pour ananas) ou donner la fonction (ça sert à peindre … pour pinceau). Insérer le mot dans une série (un, deux, trois, quatre, … pour le mot « cinq »).
  • Donner des phrases à compléter : donner une phrase simple que l’enfant devra compléter pour trouver le mot recherché (pour « alphabet » on lui dira : « Il y a 26 lettres dans … »). Utiliser des expressions connues ou des comptines, chansons,(…. Tu dors, ton moulin va trop vite … pour le mot meunier)

La méthode des jetons

On connait tous l’utilité des jetons pour les calculs. Cependant, très peu d’entre nous utilisent les jetons pour construire une phrase. Les enfants dysphasiques éprouvent des difficultés à segmenter une phrase et à la représenter en tant qu’ensemble distinct de mots qui s’influencent. Dès lors, on leur proposera de placer un jeton en-dessous de chaque mot. Par la suite, on y ajoutera des jetons de couleurs différentes en fonction des natures de mots. Dans le même ordre d’idées, pensez à mettre systématiquement des couleurs dans les phrases selon les natures de chaque mot.

Travailler la discrimination phonologique

Pour eux, c’est un concept très difficile. Différencier des sons proches et complexes est d’autant plus difficile pour un enfant dysphasique que ça ne l’est pour les autres. Et ce n’est déjà pas simple. Il faut inclure des petits exercices et jeux pour permettre à l’enfant de s’entrainer, avec des images notamment.

La méthode Makaton

Elle allie plusieurs techniques décrites ci-dessus en une seule méthode gestuelle, visuelle et verbale. C’est une approche multisensorielle de la parole très recommandée pour les enfants dysphasiques. Elle permet d’assimiler chaque mot à un geste, un pictogramme et/ou une parole.

Evaluation

En ce qui concerne les aménagements pour les évaluations et devoirs, il en va de même que pour les enfants atteints de dyslexie. Il faut davantage encore mettre l’accent sur les images et pictogrammes.


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